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  • Rémi BALTHAZARD

Le Lieu de l'instant

Comment passer du silence à une chorégraphie bien orchéstrée? Comment y pointer son nez ou ses pieds ou même son corps tout entier ?  Comment passer d'une lente observation à une mise en action rythmée ? Comment comprendre ce qui est en train de se passer pour mieux s'y associer ? 


Mais comment peut-on vivre ce lieu de l’instant ?

Serait-ce le lieu d'un questionnement trop déstabilisant ? Un endroit trop hasardeux pour s'y aventurer ?


Et si on se lancait au risque de faire quelques faux pas ! Et si ça pouvait bien servir une prochaine fois !

Soyons vigilant car notre bienséance, notre civilité, nos stratgèmes risquent de prendre trop d'importance sur toutes ces réponses à apporter aux incertitudes que représentent ce lieu de l'instant.

Ne faudrait-il pas observer, écouter, questionner par quelques attitudes avant de se lancer ?

Par la parole bien sûr, mais par le corps surtout, de façon à interagir plus subtilement avec ce moment présent. Cela peut sembler inconfortable, tout va tellement vite... Il est délicat de trouver l’interstice, de s’y glisser et de tenter de progresser judicieusement afin de s'y installer profondément... Oh...juste histoire d'embellir la relation !


Entrer en relation n'est pas si évident, une fois passé les "bonjours", "merci", "de rien", "à bientôt"... que reste-t-il ? Souvent, on est tenté d'évoquer une simple information sur le temps, le fil de la vie et des évènements dominants "l'actualité", les enfants, le travail... Mais vite fait !

Parfois, on peut espèrer un peu plus... On peut alors faire appel à notre mémoire faite de symboles partagés, d'images évocatrices d'un contexte, d'odeurs caractéristiques, de mots signifiants la force d'une discussion, d'une lecture... Cette mémoire nous a tant façonner. Nous sommes des êtres de culture, nous nous devons de la partager ! 


Mais notre diversité nous effraye, aussi, nous avons souvent besoin de limiter l'expression de nos différences pour communiquer.

Il est difficile de circonscrire notre humanité si diverse, alors pour augmenter notre désir d'assimilation, il convient de s’imposer une certaine simplification.

Quand on cherche à s’accorder autour d'une certaine vision de la vie, il est nécessaire d’éliminer le singulier, l’ambiguë, le complexe. Parfois, on est tenté de faire le contraire pour mieux se définir, pour se donner du relief mais c'est au risque de l'exclusion de certains cercles et de l'enfermement dans d'autres girons plus restrictifs, plus exclusifs...

Ce sont des choix variables en fonctions du contexte mais les contraintes familiales et socio-professionnelles nous conduisent le plus souvent à la recherche de facilitations relationnelles. C'est plus sûr ! Alors, pour échanger sans crainte, il est souvent préférable de se limiter à quelques notions : L'âge, les lieux de vie, le travail, les vacances, l'organisation familiale, les loisirs sportifs ou les loisirs culturels à condition qu'il soit mainstream... Quand la relation est instaurée, ça peut être sympa de se livrer sur son fameux "bulletin de santé" (comment vas-tu ? qu'est-ce que tu ressens ?...). Il révèle tant de choses sur notre hérédité, nos habitudes, notre vie un peu cabossée...

Tous ces éléments apportent des repères sur le temps passé et les lieux traversés. Ils nous éclairent sur nos transformations.


D'autres phénomènes contribuent également à façonner la relation : la prééminence d’un idéal sur le réel de nos vies. Ne faut-il pas prendre les apparences d’une sorte d’idéal qui pourrait bien nous aller ?

C'est important de se donner un aspect, c'est structurant de s'offrir un "modèle", c'est amusant de se doter d'un ensemble de "codes"...

N’existerait-il pas d’autres moyens de compréhension de soi-même comme de l'autre à travers ce temps qui passe ? N'y-aurait-il pas d’autres moyens d’enrichir notre entendement, notre accord momentané ? Ne devrions-nous pas porter une plus grande attention aux circonstances du moment ?

Certes, les préliminaires d’une relation nécessitent un peu de bienséances et de civilités.

Bien sûr, il faut savoir partager un imaginaire commun. Si quelques informations pertinentes peuvent être transmises, C'est mieux. Mais dans tous les cas de figures, il est important de simplifier et de limiter la quantité des signaux, d'espacer et de rythmer leurs fluctuations, voir de trouver une tierce personne pour faire passer l'information et aider à la compréhension...

Mais que faire de nos ressources gestuelles ? Comment tenir compte de ce langage corporel à même de "donner le ton" à la relation ? Comment apporter plus d’intensité et d'opportunité pour enrichir l'échange ?


Quoiqu’il en soit, la politesse, la simplification des messages, le respect des idéaux tout comme les logiques comportementales ont un même objectif :

Trouver les moyens d'améliorer nos relations !


La qualité des échanges est tout ce qui importe dans une vie !


Forces est de constater que les ressources principales d'une belle mise en relation s’inscrivent essentiellement dans la situation.

Les circonstances du moment sont porteuses d’informations factuelles d'ordre corporelle. Négocier et jouer avec ces forces en actions engendre un échange constructif. Reconnaître ces expressions, ces équilibres et ces mouvements qui traduisent les mutations en cours, permet de faire advenir plus favorablement un changement, un échange d'informations structurant.

Les tactiques permettent ce rapprochement relationnel, elles offrent des conditions plus favorables à l’échange.

Avant tout, la juste distance permet aux forces en présence de mieux s'ajuster.

Le corps sensoriel soutenu par l'expérience mémorielle de nos comportements humains est constamment invité à évaluer, à mesurer des distances afin de saisir les actions qui sont à sa portée. Selon le cas, la vision, l'ouïe, l'odorat, le goût, le tact sont très utiles. Mais c'est surtout le "sens du mouvement" qui met à disposition les moyens de vivre l'instant.

Les équilibres dynamiques instaurent le respect, la juste distance quand les mouvements d'ouverture apportent l'écoute et emmènent vers une meilleure compréhension de ce qui est possible pour le moment... En effet, il importe que ces transformations à l'oeuvre s’accommodent d’un champ des possibles, il faut savoir être raisonnable et procéder par étape... Même si le corps est incontournable dans la transmission d'information importante et adaptée aux circonstances, il ne doit pas, non plus, être envahissant...


De toutes les façons, il faut savoir jouer gagnant-gagnant, c'est le pari à engager! Les corps doivent s'entrainer, s'enlacer sans jamais être abusés!


La vrai difficulté est que l’exercice de la transmission d'information par le corporel consiste à composer non pas avec nos ressemblances, en cherchant à composer un "mimétisme béa", mais à tenter de développer des différences, à trouver une certaine retenue tout en développant une certaine emphase.


L'équilibre d'une relation ne s'exerce qu'entre des forces contraires, il en est le cadre. Pour favoriser l'échange, encore faut-il avoir des différences à exprimer, encore faut-il avoir des éléments corporels qui interpellent. Même s'ils ne se traduisent pas une information précise prête à être quelque peu assimilée, ils apportent une ambiance, une atmosphère qui par la hauteur de vue et l'ouverture qu'ils expriment génèreront de multiples possibilités de développer des contacts, des portes d'entrée.

Le rapprochement ne s’opère que par médiation, par distanciation.

Dans la réussite d'un échange digne de ce nom, les acteurs sont réciproquement invités à se mettre un peu en retrait et à laisser advenir... C’est le plus réactif, le mieux informé qui gagnera en "position favorable". Il se doit de rendre service à la qualité de la rencontre, de tenir une posture éthique voir esthétique au service du "vivre ensemble".

Pour saisir les opportunités de mise en relation, le "corps spontanés" doit être à l'oeuvre. Il est faits d'un long apprentissage de soi-même par le corps, par ce qu'il peut nous dire des conditions fondamentales de notre existence...


Tout cela ne signifie pas qu’il faille totalement renoncer à l’unité conventionnelle et idéalisée, il faut simplement savoir renoncer à tout vouloir ordonner... Le temps fera son oeuvre, les corps s'informeront discrètement. Souvent ils ne diront rien, ils agiront un peu autrement qu'avant. S'ils y découvrent l'aisance, ils retourneront vers cette quête du corps signifiant.


Alors, comment donner une force constructive à une relation ? Comment faire en sorte pour que chacun de nous soit poussé à son meilleur sans se mettre en avant ni laissé s’installer le chaos ?


L’échange corporel, le langage corporel est le lieu du rapprochement.


Il sait encouragé à l'autonomie comme il sait porter l'autre dans son désoeuvrement...


"Patience", notre corps nous dit, "prends-soin de moi si tu veux prendre soin des autres", ne cesse-t-il de nous répéter !


(...)


Avec le temps notre sentiment d’existence évolue. Lorsqu’on a déjà un peu vécu, lorsqu'on a traversé plus de temps qu’il ne nous en reste à parcourir, quelque chose de différent peut apparaître en nous. Comme une sorte de déprise qui peut nous rendre plus vrai. Tout vient par immanence, nous ne décidons pas de ce passage, quelque chose se décale par un cheminement discret. Nous nous ouvrons progressivement à des possibles qu’on n’attendait pas. Le corps nous le rappelle d'une manière ou d'une autre, il nous dit combien il est temps de mieux nous en occuper...


Est-ce dont cela que nous révèle le lieu de l'instant ?

De mieux saisir cette traversée du temps ? De mieux vivre notre vieillissement ?

Cherchons des lieux propices pour partager des bons moments et continuons à nous faire exister humainement, sans cesser de nous poser la question :


Mais comment est-il possible de nous réaliser encore un temps ?


De tout cela est fait notre existence : Du Lieu De l'Instant.

Rémi Balthazard.

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